Richard Miller : « Je ne suis pas un adversaire du service public ! »
Dans le conflit qui oppose la RTBF.be aux éditeurs privés, Richard Miller, député francophone MR, a choisi son camp. Le Montois fustige la majorité pour avoir ouvert les robinets publicitaires un cran plus haut, à la RTBF. Il en profite pour donner son sentiment sur certains dossiers audiovisuels.
Qu’est-ce qui vous dérange dans le nouveau dispositif de la RTBF.be ?
Mon reproche ne porte pas sur le fait que la RTBF puisse aussi être présente sur les nouveaux supports médias. C’est d’ailleurs prévu par son contrat de gestion. Et non seulement elle doit le faire, mais elle reçoit une dotation du Gouvernement pour sa mise en œuvre. Ce qui est plus critiquable à mes yeux, c’est que la majorité PS, cdH, et avec le soutien d’Ecolo, a ouvert les robinets publicitaires pour la RTBF. Que ce soit en augmentant son plafond de 25 à 30%, que ce soit en autorisant les coupures dans les fictions ou en permettant le placement de produit et en n’ayant quasi plus de respect des minutes immunisées avant et après les émissions pour enfants. En permettant également la publicité pour les médicaments de comptoir. Ce qui est d’autant plus surprenant que c’est la première fois dans l’histoire de la Communauté française que la Ministre de l’Audiovisuel est en même temps Ministre de la Santé !
La pub n’est pas une nouveauté ?
Le problème qui se pose, c’est que dorénavant, pour exister, la RTBF est obligée d’avoir un politique commerciale très offensive. Au départ, la pub était juste un complément financier avec, au tout début, la publicité non-commerciale, ensuite la pub avec un plafond très bas… Aujourd’hui, la RTBF est un des gros outils sur le territoire de la Communauté française et elle est prépondérante sur le marché publicitaire. J’y vois deux difficultés. La première, comme l’institution doit avoir une politique offensive au niveau commercial, il va y avoir une influence sur le choix de la programmation. Le risque est grand de voir ces choix non plus en fonction des missions culturelles, mais ceux qui apporteront plus de rentrées publicitaires. Le second danger, c’est que cet argent venant du secteur de la pub, est un manque à gagner pour les éditeurs privés, qui eux, ont besoin de rentrées pour pouvoir vivre et assurer leur développement. Alors que la RTBF reçoit une dotation pharaonique, au regard du budget alloué à la Culture.
Et comment envisagez-vous un financement alternatif pour la RTBF.be ?
La crise, elle vaut pour tout le monde ! « Que doit faire la RTBF en période de crise ? » On pourrait aussi poser la question pour les opérateurs privés que ce soit en radio, en télé ou sur le net. Je ne suis pas un adversaire du service public et je ne l’ai jamais été. Je veux que la RTBF fonctionne et remplisse ses missions. Ce que je ne supporte pas, c’est que la Communauté française n’a pas beaucoup de moyens pour mettre en œuvres des politiques en matière d’enseignement ou pour les autres secteurs culturels. Et il y a une partie très importante de ce budget qui va à la RTBF. Si on estime que ces montants lui sont nécessaires pour remplir ses missions, je suis tout à fait d’accord. Utiliser l’argent public pour diffuser des séries américaines ou des « stupidités » de séries françaises qui recopient les feuilletons américains, et qui, sont formatés pour y diffuser des coupures publicitaires… Ca ne rentre pas dans les missions de la RTBF !
Quelles missions ne sont pas remplies ?
La RTBF reçoit 200 millions d’€ de dotation publique pour que chaque fois qu’on écoute ou qu’on regarde la RTBF, ou même qu’on surfe sur ses sites web, il y ait un « plus ». Une plus value en terme éducatif, de l‘apprentissage de quelque chose, d’objectivité d’information, de sensibilité culturelle et artistique… Je ne suis pas pour une télévision à culture pointue, ce n’est pas l’objectif de la RTBF et Arte le fait très bien. La RTBF est une chaine généraliste et elle a pour but de mettre à disposition d’un public, le plus large possible, des émissions qui ont un contenu plus culturel, qui font un peu plus réfléchir et qui amènent à se poser des questions sur notre société. Une série policière où des gens sont tués et où on y stigmatise des personnages pour leur faciès, ce ne sont pas dans les missions de la RTBF. Et c’est vers ce type programme-là, que la majorité PS-cdH et Ecolo va l'obliger à diffuser pour pouvoir être financée raisonnablement. L’argent qui va à la RTBF pour ce genre de produits, c’est un montant en moins pour un créateur, un artiste, un compositeur ou une troupe de théâtre issus de la Communauté française.
La RTBF.be n’est pas une vitrine culturelle selon vous ?
Pratiquement toutes les émissions culturelles ont été supprimées en TV. Il subsiste encore « Cinquante Degrés Nord » qui est mise en avant, mais qui est financée directement par la Communauté. La RTBF doit être un support et un soutien pour nos artistes. Une étude a démontré que ce que le téléspectateur attend de la RTBF, par rapport à RTL, ce sont des émissions qui parlent de nous. Quand le public est nombreux à regarder la RTBF, c’est en général sur des programmes qui remplissent les missions de service public (le JT, Questions à la Une, Devoir d’Enquête, Ma terre, …).
La Trois sera justement la chaine…
…la chaine que pratiquement personne ne regardera et sur laquelle on va trouver des films en VO, des émissions pour enfants, etc… Objectivement, on se demande pourquoi faire une excellente troisième chaine qui va remplir les obligations du service public, et ensuite offrir les deux autres aux annonceurs. Il y a une logique qui ne va pas ! La RTBF reçoit 200 millions d’€ pour remplir ses objectifs culturels, et elle décide de mettre ces émissions-là sur une chaine « poubelle ». C’est un scandale !
Après 2012, vous pensez qu’au niveau publicitaire, la RTBF.be fera marche arrière comme prévu ?
Je suis sur et certain que ce qui a été dit par la majorité est faux. Le Ministre du Budget, André Antoine, en commission du budget, a annoncé que les véritables difficultés pour la RTBF commenceront en 2012. C’est dans le rapport du Parlement. J’ai par la suite interpellé le Ministre Antoine qui ne m’a jamais répondu.
La RTBF.be devra encore faire plus de pub ?
Je ne sais pas vers quoi la majorité va se diriger, mais en tout cas elle a pris le mauvais départ. Quand on entend tout ce que Ecolo a dit contre la publicité commerciale, et en faveur de la Culture et du service public et qu’ensuite ils acceptent qu’on ouvre tous les robinets. Ca n’a aucun sens !
La crise frappe aussi les télévisions locales. Quelles solutions pour les soutenir ?
Vous prenez les 3 millions d’euros que coute « Cinquante Degrés Nord », en demandant à la RTBF d’assumer, elle-même cette émission culturelle. Et vous les réinjectez dans les TVLC, ça leur fait déjà un fameux ballon d’oxygène. Je trouve que justement les télévisions communautaires font de l’excellent travail. Elles sont très proches des gens et du terrain. Certes, il y a quelques soucis politiques parce qu’en général la majorité en place au niveau local se retrouve dans les CA de ces télévisions, et c’est à corriger. D’une façon générale, une télé locale fait vivre son « territoire ». Et là je trouve dommage qu’on mise quasi tout sur la RTBF.
En Hainaut, une fusion entre les 4 télés locales serait une solution parmi d'autres ?
A titre personnel, je trouverais regrettable de devoir fusionner des télévisions locales. A la limite, peut-être des modalités de fusion administrative, mais que les équipes restent sur leur terrain.
Des synergies sont prévues entre la RTBF.be et les Télés Locales ?
La RTBF n’a jamais vraiment voulu jouer le jeu. De temps en temps, ils y a des échanges pour le sport, généralement le basket ou le foot, mais la RTBF n’a jamais collaboré de manière régulière et complète avec les télévisions régionales.
Fadila Laanan se félicite d’avoir fait aboutir des grands chantiers, alors que ses prédécesseurs ont échoué…
Il y a deux Fadila Laanan, en tant que Ministre de l’Audiovisuel. La femme politique de la « première période », c’est celle à l’époque où Michel Daerden disait que tout allait bien au niveau budgétaire en Communauté française. Il faisait des descriptions avec des grands tableaux pour démontrer des progressions incroyables, et il terminait par « Et Fadila m’a demandé autant de millions, et je lui donne ! ». C’est celle où le Gouvernement, avec Madame Laanan a caché des vérités et où aujourd’hui tout nous arrive en pleine figure. La deuxième Madame Laanan, celle de la législature en cours, se retrouve avec tous les problèmes sur le dos. Elle doit réduire les subsides aux musées et les grands centres culturels et théâtraux. Il n’y a plus aucun grand projet culturel. Le dernier grand projet sur le Théâtre National a été d'ailleurs fait sous le Gouvernement Hasquin…
C’est le cas aussi pour le Plan de Fréquences radio en 2008 ?
Il est exact que les prédécesseurs de Madame Laanan n’ont pas abouti à la mise en place d’un Plan de Fréquences qui tenait la route. Il ne valait mieux pas résister aux Flamands à Bruxelles et tout le long de la frontière linguistique et garantir un bon confort d’écoute sur des grandes villes comme Charleroi ou Liège …ou accepter n’importe quoi comme ça a été fait en 2008 ? Simplement parce que le Parti Socialiste avait décidé que certains grands réseaux seraient plus aidés que d’autres. En 2010, on remarque que la Flandre à tout obtenu, à Bruxelles, c’est une catastrophe, et j’ai lu une interpellation, qui n’est ni de moi, ni du MR, mais d’une députée de la majorité, Véronique Salvi (cdH), qui explique qu’à Charleroi, il y a beaucoup de problèmes aussi.
Dans les attributions, on retrouve certaines couleurs politiques qui gravitent autour des radios. Du copinage ?
On peut me faire croire tout ce que l’on veut au niveau de l’objectivité, il n’empêche que le résultat est là.
Un désastre aussi pour les radios indépendantes ?
Je pense que les radios indépendantes ont fait les frais de ce vaste plan mis en œuvre par la majorité. On aurait du prévoir d’avantages de fréquences pour les stations indépendantes. Et là, on revient sur le terrain de la RTBF. Le trop plein de fréquences, il se trouve aujourd’hui dans le parc de la RTBF. Je peux assurer que j’aurais essayé de trouver une réponse pour les Indépendantes.
Neuf ans après, vous regrettez avoir autorisé AB3 ?
Fondamentalement non ! Je regrette un peu le manque de développement de AB3 et AB4. C’est un bel outil, et ils pourraient faire beaucoup mieux. Quant à l’octroi de la licence, le rôle d’un ministre n’est pas d’empêcher un opérateur privé d’essayer de se développer. Pourquoi refuser un nouvel acteur ? Parce qu’il ne plait pas à l’opérateur public ? Ou parce qu’il va venir s’installer sur un marché, certes étroit, où d’autres télévisions commerciales ont déjà pignon sur rue ? La réglementation européenne très claire, et si l’opérateur entre dans les conditions de la Directive, le ministre ne peut pas refuser.
Le dossier YTV tenait la route, au départ ?
Oui, le dossier était solidement ficelé. Il n’y avait pas de failles sinon j’aurais émis des réserves. Ce n’est pas moi seul qui ait autorisé AB3, mais c’est une décision de tout le Gouvernement de l’époque, avec Rudy Demotte et Jean-Marc Nollet. Par la suite, l’éditeur a supprimé son JT et retiré les productions propres. Je ne comprend d’ailleurs pas pourquoi l’opérateur n’a pas été plus offensif en matière de programmation et qu’il n’ait pas mieux développé la chaine.
Propos recueillis par Pierre Bertinchamps
pierre@tuner.be
Photos : D.R.


